Extraits de Sarah
Le plaisir est le principe
et la fin de la vie bienheureuse.
Épicure, lettre à Ménécée
Antoine. Un esthète à l’hédonisme bienveillant, de haute probité esthétique. Un authentique Genevois, calvinien, pétri d’introspections inventives, fluide d’un imaginaire bachelardien. Un sage lettré que l’on rencontre parfois au détour des allées nomades de l’intelligence sensible, humaine, si peu fréquentée en notre bonne ville. Un auteur créatif de livres d’auteur taillés à la mesure de leurs lecteurs vigilants. Un contemplatif aux rêveries distinguées, élégantes, toutes induites par les délicates caresses que procure la vie quotidienne quand on lui est astucieusement attentionné. Antoine se contente de peu, attentif à la simplicité naturelle des affleurances mises à nu, fuyant toute accumulation, pour se transcender à l’essentiel, en s’enfouissant dans sa matière, sa substance. Chaque rencontre peut cacher, sous la banalité de ses apparences désordonnées, un événement à dévoiler, une expérience belle à vivre en elle-même, pour elle-même. Chaque instant peut être une clé ouvrant sur l’énigme des commencements, le mystère de l’absolu. Avide de moments de bonheur fugace, mais définitif, Antoine fait partie de cette cohorte informelle de personnes choisies – pour elles, le plaisir est un langage universel, singulier lorsqu’il répond à l’épure de son expérience partagée. Il a foi dans la nature infiniment généreuse et bonne des êtres humains lorsqu’ils s’accomplissent au plus près de leurs désirs. Antoine, c’est un authentique rousseauiste, de quête sans fin, audacieuse et inouïe, de ses propres désirs. En particulier, celui du consentement réciproque, entendu dans la plupart de ses acceptions contemporaines – ainsi l’acquiescement à la logique du plaisir partagé, autrement dit, celle des douces sentes du con, des délicates fragrances de l’intime féminin, de l’usage latin de l’avec surtout lorsqu’il se faufile entre-deux. Anna, sa complice de toujours, en quelque sorte sa petite sœur par connivence désintéressée, loin des enfermements de l’art pour l’art, des sentiments passionnels et de leurs confusions fusionnelles, des conjugalités si bientôt étouffantes ou de rapports marchands, se fie à son intuition féminine quand elle se réfère aux ébats de cette ancienne relation de fraternité adolescente, première, qui les uni depuis toujours pour offrir à ce bonhomme maintenant barbu poivre et sel maints prétextes à de nouvelles expériences existentielles, originales. ....